Impossible à mettre mieux en mots que ça! Ton analyse de Luca est d'une justesse remarquable, et démontre que la plupart des personnages de Suikoden n'ont rien de grossier ou de convenu, on fait souvent face à une caractérisation subtile, et les épisodes évitent, pour la majorité, de sombrer dans un manichéisme crasseux et téléphoné. Dans une moindre mesure, on retrouve aussi ça avec Barbarossa, qui est loin d'être une franche représentation du Mal, contrairement à ce que l'apparente simplicité narrative du premier opus pourrait laisser penser. La scène où il laisse partir Futch des jardins du palais est à cet égard caractéristique de l'écriture d'un Suikoden, c'est un moment où l'on peut entrevoir l'homme derrière la figure tyrannique qu'il est devenu à cause, notamment, de Windy. C'est pour ça que j'adore ces jeux. :wub:
- Merci. Je ne peux également que souscrire entièrement à vos écrits, sur l’absence de manichéisme qui caractérisent l’univers de Suikoden;
[spoiler]Et les dernières paroles de Mathiu Silverberg, à la fin de Suikoden I, sur le bien fondé de la Guerre de la Rune Porte, détermine fort bien à mon avis la nature du conflit : non pas le camp des gentils contre les méchants (au sens le plus fort du terme), mais bien l'entrechoc des volontés, irréconciliables et dont seule l'issue détermine, de quel côté se trouve la légitimité (ce qui revient inéluctablement à sa négation pure et simple)[/spoiler]
- Et il en est de même pour l’empereur Barbarossa Rugner :
[spoiler]- L’Empire de la Lune Ecarlate trouve sa source dans une logique absolutiste des plus traditionnels. Cette dernière se distingue donc de la théocratie d'Harmonia, dont les fondements sont nettement plus détestables. Ensuite, le surnom donné à Barbarossa Rugner, de l’Empereur Doré ne doit rien au hasard : il fut le Héros de la guerre de Succession, qui conduit au renversement du règne tyrannique de son oncle Geil Rugner. Et une grande sagesse traversa son règne, avec ce souci permanent d’assurer le bien être de son peuple. Jusqu’à sa rencontre avec Windy, qui va rompre cette harmonie.
- Comme le fait remarquer fort justement Spiriel, le contexte historique de Suikoden I s’accorde très bien avec la thèse aristotélicienne, de la dégénérescence inévitable de la monarchie en tyrannie. Sa volonté de mettre enfin au désordre, né du tumulte des appétits égoïstes, en concentrant tous les pouvoirs au sein d’un seul commandement, est une intention fort louable. Mais ce régime est en cela, le plus vulnérable au mal qui le menance : car la faiblesse d’un dirigeant a vite fait de faire effondrer tout l’édifice. Le despotisme éclairé tend de façon irréversible, à se changer en son contraire, que même l’humanisme de Barbarossa Rugner ne peut enrayer.
- Sa faiblesse envers la sorcière Windy, découle ni plus ni moins de sa compassion : Barbarossa ne peut rester indifférent à la souffrance qui la ronge, de sa volonté quasiment désespérée d’acquérir toujours plus de pouvoirs afin d'assouvir sa vengeance (vis-à-vis du Saint Royaume d'Harmonia, responsable du massacre de tout son clan, gardien de la Rune Porte).
- Tout ceci nous permet finalement de comprendre pourquoi les plus estimables de ses généraux, témoigneront toujours un profond respect à l'égard de leur empereur (Que se soit Milich Openheimer, Kazim Hazil, Kwanda Rossman, Ain gide, et surtout le père du héros du jeu, Teo Mcdhol, qui ne reculera devant sacrifice pour protéger l'empire, même si cela revient à combattre son propre fils)
[/spoiler]
- Cette rencontre entre Futch et Barbarossera, et l'analyse fort pertinente que vous en donnez, illustre parfaitement mes propos sur le style narratif de Suikoden : cette capacité à faire rejaillir tout le symbolisme d’un évènement, en peu de mots certes, mais qui touchent avec une justesse implacable. Et, on peut encore évoquer d’autres moments forts :
[spoiler]- Le docteur Liukan qui, au moment ou Mathiu expire son dernier souffle, préfère mettre en avant sa grandeur d’âme, plutôt que de répondre clairement à sa douloureuse question de la légitimité. Soulignant ainsi l’absurdité de la guerre, qui oblige même les hommes à la plus haute intégrité morale, à prendre des décisions tragiques et contre-nature. L'héroïsme de Pahn qui se dresse seul face à Teo, afin de permettre à Teel de fuir. Un sacrifice qui découle ni plus ni moins, de son admiration de toujours à l’égard de son adversaire. Ou encore la scène ou Teel se confronte à la morte de Gremio. Le silence qui entoure le moment, ou le héros serre dans ses bras, les vêtements de son ami disparu, est tout simplement déchirant. Et la scène ou Teel s'effondre peu après son retour au chateau, suffit à elle seule de retranscrire toute sa douleur et son abattement. Et je ne parle même pas du duel opposant le héros à son père, qui cristallise toute la tragédie de cette épopée.[/spoiler]
C'est pour ça que j'adore ces jeux. :wub:
- Une saga tout simplement mythique. On est d'accord. :magus:
Cependant, juste une question, outre la fin, dans le tronc scénaristique, la quête des 108 influe-t-elle sur l'histoire de quelque manière que ce soit ? Ajout de passages inédits mettant en scène les personnages principaux du soft mais que l'on n'aurait pas pu voir sans cette annexe par exemple.
- Je répondrais dans une certaine mesure à cette question par l'affirmative. Et en particulier, pour le troisième épisode. Je ne peux que rester allusif, sous peine de me livrer à de terribles spoilers,...