Enfin fini Dragon Quest VI ! A ma connaissance, il n'y a pas de compteur de durée, mais j'ai du dépasser les 100 heures je pense (ou c'est une impression ?), et j'étais juste en terme de levelling à la fin.
Le jeu est une illustration lumineuse du choix de la quantité aux dépens de la qualité. Très peu de soin est apporté à l'intrigue, au scénario, aux personnages et aux dialogues. Pourtant, le nombre d'évènements insignifiants qu'on doit traverser est étourdissant. Le pire dans tout ça, c'est qu'on trouve plusieurs bonnes idées. Le monde du rêve qui existe tant que des personnes les ont vécu dans le monde réel... Seulement, tout est traité superficiellement. Au final, DQVI est un jeu incroyablement fastidieux.
Le gameplay est un peu dans le même goût. Ca prend un temps fou d'avancer dans les jobs, des quêtes annexes (slime arena, style contest...) sont très longues à terminer. Pas de gros défaut dans tout ça, les combats se déroulent correctement, mais l'interface n'a pas une ergonomie idéale, loin s'en faut. Les lieux n'ont que peu d'intérêt, mais ce qui les transforme en corvée est la fréquence des combats : un combat de 40 secondes environ toutes les 6 ou 7 cases, soit 3 secondes de déplacement. Difficile alors de conserver une cohérence dans son exploration, et c'est encore plus de temps de perdu...
Graphiquement, le jeu n'est pas moche mais n'est pas au niveau des autres RPG de fin de vie de la SNES. Rien d'extraordinaire, idem pour la bande-son.
Malgré tout, bien qu'on passe la plupart du temps à ne pas savoir pourquoi on fait les choses, voire à ne pas savoir ce qu'on fait, difficile de renoncer à poursuivre le jeu. Je ne parlerai pas d'addiction, le mot est bien trop fort, mais plutôt de cette sensation qu'on a lorsqu'on débloque une nouvelle zone (puisque c'est sur ce principe unique que repose 95% du scénario, sans justification ou motivation) qui se rapproche du sentiment d'obligation qu'on éprouve face à un puzzle presque fini de le terminer... sauf qu'ici on découvre à plusieurs reprises qu'on est finalement très loin de finir !
Fidèle à la réputation de la série, le jeu oblige rapidement à monter en niveau, mais au bout d'une dizaine d'heures, je n'ai plus ressenti le besoin de le faire... jusqu'au boss final, ardu comme il faut.
Le plus mystérieux pour moi dans tout cela, c'est que DQVI était le blockbuster de son époque, et le plus gros succès de JV japonais de l'année me semble-t-il, et pourtant il est des années en retard par rapport à des RPG sortis avant (Phantasy Star VI, FFVI et même CT), y compris graphiquement. D'un point de vue purement industriel, cela m'intrigue fortement. Il devait avoir le plus gros budget de l'époque : où est passé l'argent ? Bon, la réponse est certainement dans la poche des développeurs, mais je trouve ça fou qu'ils n'aient aucun besoin de se renouveler, ou simplement de suivre les évolutions du genre, quand on voit comme les FF cherchent à réinventer la roue à chaque fois, comme un impératif à dessiner soi-même le chemin à suivre pour le genre, histoire d'être le premier à l'emprunter, avec les risques que cela implique (l'histoire récente est particulièrement prolixe à ce sujet). Comme un chèque en blanc que les japonais renouvellent à chaque sortie de DraQue. On me répondra forcément que je l'ai pas compris l' "essence" d'une série comme Dragon Quest, puisqu'il s'agit de mon premier (et assurément de mon dernier). C'est certainement vrai ! Je reste convaincu que si ces jeux avaient porté un autre nom, non seulement ils auraient eu bien moins de succès en terme de ventes (mais cet aspect marketing sur un nom prestigieux n'est pas propre aux DQ), mais également en terme d'appréciation. Le fait qu'un jeu s'appelle Dragon Quest entraîne une indulgence chez les japonais qui dépasse l'entendement. Même s'il peut exister des biais en occident, je ne crois pas qu'il existe des phénomènes de fidélité à une telle échelle. Oui, on trouvera des gens à crier au génie à chaque sortie d'Apple, mais les détracteurs seront également nombreux. Cela ne semble pas être le cas au Japon pour les DraQue, et il s'agit d'un véritable miracle économique, un modèle que tout industriel rêverait d'appliquer !