La première nécessité pour se donner les moyens d’apprécier Baten Kaitos c’est de couper les doublages. Ceci fait on peut se lancer et se laisser embarquer... Et Baten Kaitos a commencé par m’embarquer. Comment ne pas l’être devant une telle direction artistique ? C’est si bon de se rappeler que quand Sakuraba ne bosse pas en pilotage automatique pour Namco il est ce compositeur de génie capable de composer des OST aussi puissantes. Celle de Baten Kaitos vole haut, très haut, à la hauteur magistrale d’un Star Ocean 3. Et puis il y a le visuel. Magnifique en tout point si on ne nous avait pas servi ce chara design d’un goût plus que douteux. Heureusement le plaisir des yeux est ailleurs : les décors sont magnifiques, l’univers est merveilleux et donne au titre une touche onirique rarement atteinte. Le jeu a plus de 10 ans et il n’a pas vieilli, ou presque pas. Pour avoir refait récemment Chrono Cross et les FF de l’ère Psx, il m’apparait clairement que la 3d pré calculée est le style qui a le mieux vieilli de cette génération. Style que Baten Kaitos sublime avec ses éléments de décor en mouvement.
D’ailleurs la filiation entre ces jeux et Baten Kaitos est évidente. Il leur emprunte beaucoup, principalement Chrono Cross (logique…). Dans le style graphique et l’exploration donc, mais pas que. Dans l’ambiance également : lumineuse, exotique. Les lieux et ce qu’ils dégagent rappellent furieusement ceux de son glorieux aîné, une dose de mysticisme et de poésie en moins. La filiation entre CC et BK est également évidente dans la construction du jeu et le déroulement de l’histoire. Comme CC, Baten Kaitos peut aussi se découper en deux phases. Dans la première, le jeu prend son temps, l’histoire est présente mais occupe peu de place, elle pose ses bases et se met en place tranquillement avec un brin de mystère. Elle est surtout prétexte à la découverte et à la contemplation extatique de l’univers du jeu. C’est cette partie-là que j’ai préférée, très nettement.
Et puis il y a ce twist, qui met d’abord sur le cul puis qui laisse espérer d’un final en apothéose, et qui finalement fait entrer le jeu dans une autre phase, qu’il maîtrise moins.
A partir de là, le rythme du scénario s’intensifie, celui des dialogues aussi, les révélations s’enchaînent. Le constat semble plutôt alléchant, mais c’est un aspect que Baten Kaitos fait plutôt mal. Ou tout du moins sans la délicatesse dont il faisait preuve jusque-là. Et ça crée une sorte de décalage entre un univers précieux, délicat plein de poésie et un script un peu balourd. Pourtant l’intrigue est bien foutue et suffisamment consistante pour susciter l’intérêt et la curiosité, les thèmes sont abordés avec justesse et réserver les révélations pour la fin n’est pas en problème en soi. Sauf que dans ce dernier tiers Baten Kaitos manque trop souvent de finesse dans son écriture, comme dans ses dialogues, le charisme des persos en souffre. L’attachement aussi. Surtout, il est affreusement statique dans sa mise en scène –point sur lequel il parvient à être inférieur aux jeux que je citais plus haut malgré ses années de moins. Statisme qui galvaude largement le côté dramatique et émotionnel de certaines scènes qui auraient pu être bien plus fortes et poignantes.
Heureusement un élément ne cesse de s’étoffer au fil du jeu et vient atténuer cette déception : le gameplay. A la base j’aime bien tous les jeux qui touchent aux cartes et le côté aléatoire qui va avec donc je partais sur de bonnes bases pour apprécier le système de combat. Mieux ils n’ont cessé de s’améliorer au fil du jeu. L’évolution des personnages, du deck de cartes, les boss plus retords rendent petit à petit le système de plus en plus technique et tactique. La difficulté est toujours juste et bien équilibrée et certains boss fight m’ont vraiment excité. Seul petit bémol de cette évolution, les combats aléatoires sont de plus en plus long. Mais ça ne m’a pas gêné plus que ça, le côté aléatoire de la pioche obligeant à être tout le temps actif et attentif.
J’ai apprécié Baten Kaitos. C’est un excellent J-RPG, qui brille d’abord par sa direction artistique, très marquée et très personnelle, qui donne d’abord beaucoup de légèreté à l’aventure et qui rend la progression très fluide. Mais j’ai longtemps cru tenir un jeu encore plus grand, ce qu’il ne me semble pas être au final. La faute à un dernier tiers qui, en manquant de finesse, laisse en partie s’envoler l’esprit poétique qu’avait su insuffler le jeu jusque-là.