Bon, je n'en peux plus.
Ça fait deux semaines que je vis n'importe comment.
Jamais vu ça.
Mon appartement ressemble à un appartement car je me force à faire les choses vitales. Rangement, nettoyage (succint), mais à l'intérieur j'ai l'impression que tout moisit.
Deux semaines que j'ai du mal.
Je vais au travail, non pas par obligation, mais parce que j'aime ça. Le contact avec les élèves, les collègues fait vraiment du bien et enseigner, y a pas à chier, c'est super.
Mais même là, par moments, rien à faire, ça passe pas.
Chez moi, incapable de ne pas penser. Alors je joue un maximum. Résultat, deux semaines que je fais n'importe quoi. Je ne suis jamais venu autant sur le forum, je n'ai jamais regardé autant de séries à la con pour éviter de penser. Faut que je m'occupe l'esprit. Ah rien à faire.
Deux semaines que je fais nimp. J'ai de quoi corriger des copies pour au moins 10 heures consécutives, mais je ne veux pas me lancer dedans, je pense trop à lui quand je corrige.
Il y a deux semaines, j'avais du dire sur le forum que mon grand père était à l'hôpital.
Il s'était cassé le col du fémur. Une connerie.
Seulement quand on est âgé, ça pardonne pas.
Alors il avait été placé en réanimation après son opération. L'opération s'étant un peu compliquée, il a fallu tout faire pour le maintenir en vie. Sous respirateur artificielle, les médecins étaient super sceptiques. "Si au bout d'une semaine son statut n'a pas changé, on le débranchera".
Objectivement c'est normal, il prend de la place le papi. Tout du moins la place de quelqu'un d'autre qui pourrait peut être mieux s'en sortir.
C'est ce que je m'étais dit il y a deux semaines.
Et puis il y a une semaine, ça allait un peu mieux. Ils lui avaient retiré le respirateur artificiel. Son état s'améliorait.
J'ai été le voir à l'hôpital. Je garde l'image en tête.
Il avait des tuyaux qui lui sortaient de la bouche et il avait l'air de souffrir. Je n'ai pas osé le déranger beaucoup.
Une infirmière est rentrée dans la chambre, j'étais dans la chambre depuis 10 minutes. Elle lui a parlé et lui a expliqué qu'il avait de la visite. Elle lui a parlé encore un peu et lui a demandé s'il ne voulait pas tourner la tête pour me regarder. Mais mon grand père a répondu non et j'ai cru ressentir toute la peine qu'il avait d'endurer tout cela. Pauv' papi.
Et puis vendredi matin, arrêt cardiaque. Il avait 89 ans.
Ouep c'est un bel âge pour mourir. C'est sur.
Mais j'ai fait semblant d'être le soutien que mes soeurs et mes parents attendaient. Non pas que ça ne me fasse rien mais je leur expliquais qu'il avait eu une belle vie, bien remplie. Qu'il fallait garder en tête les moments heureux qu'on avait partagé. Garder en tête les traits et souvenirs qui définissaient notre relation par rapport à lui.
Je n'ai rien laissé transparaitre (en tout cas pas trop) à mes collègues, à mes amis, à mes proches. Après tout, il n'y a pas de raison de se laisser.
Mais là, rien à foutre. Il est mort et je ne pourrai plus lui parler.
Ça fait 5 ans que je pense au futur enfant que je pourrai lui présenter. "Regarde papi, c'est ton petit petit fils".
Je voulais tant lui présenter, fièrement, la fille qui serait devenue ma femme. "Regarde papi, tu peux être rassuré, la femme que j'ai choisi saura prendre soin de moi. Sois rassuré."
Mais au lieu de tout cela, ben rien.
Pas capable de garder une fille plus d'un an. Pas la peine d'envisager de faire un enfant dans ces conditions là.
Je sais bien que tout cela n'a rien à voir avec mon grand père, mais moi ça me fait chier.
Désolé papi, je sais que tu ne m'en veux pas (voudrais pas) mais moi si, même si ça n'est pas de ma faute.
Je n'attends rien de la part de quoi que ce soit là, c'est juste que j'avais besoin de l'écrire pour que ça sorte un peu. Aussi pour vous expliquer pourquoi je suis un peu plus bizarre ces derniers temps.