Au lieu de balancer ça comme ça, cite les tous les oublis, les boulettes et les clichés
:lol:
Quelques employeurs pourraient abuser du CPE. Effectivement, pour ceux là, vous seriez corvéables pendant deux ans. Ce sont aussi ceux qui ne vous embaucheraient pas en CDI.
Présupposé gratuit et non vérifié (et surtout non argumenté). Selon le propre cabinet d'études économiques du Premier Ministre, Les CNE se substituent plus souvent aux CDI qu'ils ne créent de "nouveaux" emplois. Puisque le fonctionnement du CPE est sensiblement calqué sur celui du CNE, on peut raisonnablement penser qu'il en ira de même.
1. Vous allez mourir, un jour. La Vie est précaire. Le gouvernement n’y peut rien.
M. Carton tend ici le bâton pour se faire battre, sans s'en rendre compte. La vie est précaire, en effet, et la mort arrive toujours un jour ou l'autre. Seulement voilà: la civilisation occidentale (pour reprendre les termes de F. Braudel) a cherché justement à limiter cette précarité, et si elle n'est pas parvenue à erradiquer la mortalité (ce qui tient de l'utopie), elle a réussi à réduire de façon plus que significative le taux de mortalité de sa population. Donc, la civilisation occidentale a contribué à limiter la précarité de la vie. Dès lors, si l'on accepte de comparer la précarité de la vie et la précarité du travail, il faut aussi considérer que, puisque l'on a cherché à lutter contre la précarité de la vie, il paraît naturel de chercher à lutter contre la précarité du travail. Voilà qui renverse le raisonnement de M. Carton.
2. Personne, ni un gouvernement, ni une administration, ne peut obliger un employeur à embaucher.
Faux: cela s'est déjà fait par le passé, dans certaines circonstances. Je veux bien croire que cela soit difficilement possible dans le cadre des lois qui régissent la France actuellement, et ce raisonnement serait défendable. Seulement, M. Carton dit, non pas 'le gouvernement' (sous-entendu "français"), mais "un gouvernement". N'en déplaise à M. Carton, il existe des régimes politiques dans le monde où la chose est très faisable.
Dans le monde démocratique occidental, on peut inciter un patron "à embaucher" par certains moyens: les primes à l'embauche avec contre-partie n'ont rien d'illégal, jusqu'à preuve du contraire.
3. Tous les plans d’incitation à la création d’emplois depuis 1975 ont fait les choux gras des indélicats et ont coûté plus qu’ils ne rapportaient à la collectivité
Oubli malencontreux de M. Carton: il omet (très involontairement, je pense) de préciser que l'essentiel de ces primes n'exigeaient pas de contre-parties. (Source: B. Maris).
4. Personne ne peut empêcher un employeur de délocaliser le travail.
Légalement, rien n'interdit à l'Etat de prendre des mesures pour empêcher la délocalisation (par une hausse drastique des charges, par exemple).
5. Les Grandes Entreprise ont gagné 84 Milliards d’euros cette année, on en fait tout un plat, cela ne représente que 6% de la dette nationale. En plus 75% de leurs revenus sont faits à l’étranger, et en moyenne plus de 50% des emplois qu’elles génèrent sont à l’étranger.
N'entrent pas dans ce calcul les diverses aides aux entreprises versées par l'Etat. Mais bon, on ne va pas chipoter sur les détails.
6. Les employeurs, les patrons, comme l’on dit, sont de moins en moins nombreux (ce qui explique notamment qu’il y ait moins d’emplois, tout se tient !). Pour une raison simple : Imaginez vous devenir employeur ou patron ? Non bien sûr, parce qu’alors vous seriez d’accord avec l’introduction d’une plus grande flexibilité dans le droit du travail.
Echzechiel a déjà réagi sur ce point.
7. Si malgré tout vous devenez employeur dans quelques années, vous devrez mettre vos biens propres en garantie des engagements bancaires que vous devrez
contracter pour les investissements nécessaires au fonctionnement de votre
entreprise. Vous n’aurez droit à aucune protection sociale sur l’emploi, vous n’aurez pas droit au chômage, vous ne pourrez pas ajuster votre effectif si votre chiffre d’affaires baisse, vous devrez assurer totalement le règlement des salaires de vos collaborateurs, quoi qu’il se passe, vous devrez payer sans un minute de retard les charges sociales afférentes aux salaires (50% en moyenne), et si vous avez un collaborateur qui n’est pas à la hauteur des performances que vous attendez de lui, passé la période d’essai, vous ne pourrez pas vous en séparer, et si vous le faites vous serez lourdement condamné par les prud’hommes.
Que les charges sociales soient trop fortes en France, je veux bien le croire. Mais le mythe des "méchants prud-hommes qui empêchent les patrons de virer les mauvais éléments", je n'y crois pas: le licenciement pour faute existe et est reconnu par le droit du travail français.
8. Plus le droit du travail est rigide, plus le nombre d’emplois est réduit. Imaginez que vous n’ayez pas le droit de divorcer ou de mettre fin à un concubinage. Est-ce que vous vous marieriez ? Est-ce que vous choisiriez de vivre avec quelqu’un ?
Racourci rapide et sans preuves: rien n'indique que le nombre d'emplois réduit soit dû à la rigidité du droit du travail. Si la rigidité du droit du travail était réellement la seul et unique responsable de la situation actuelle de l'emploi en France, on n'aurait pas eu de période de plein emploi dans les années 60/70. S'il est possible, donc, que le droit du travail ait sa part de responsabilité dans les difficultés actuelles, il serait néanmoins totalement illusoire de vouloir faire peser sur lui la totalité de la culpabilité.
9. On vous a fait croire que vous aviez droit à un emploi, c’est faux, vous n’avez droit qu’au chômage, à condition d’avoir « constitué » ce droit, et par conséquent trouvé un emploi…. Et l’avoir perdu
Le droit au travail est inscrit dans la constitution actuellement en vigueur.
10. C’est vous qui serez la « France active » demain, et vous aurez alors à constituer l’économie du pays. Il vous faudra travailler, créer de la richesse, la partager équitablement, et « assurer l’avenir » de vos enfants.
Facile de s'ne rappeler maintenant. Jusqu'à preuve du contraire, la loi sur le CPE a promulguée sans consultation des principaux concernés. Mais bon, c'est notre système politique qui veut ça. Sinon, je ne vois pas en quoi le CPE répartira mieux les richesses. Peut-être M. Carton pense-t-il que la création d'emplois permettra une meilleure répartition des richesses (raisonnement assez juste, en soi), mais rien ne garantit que le CPE créera des emplois. Et "assurer l'avenir de nos enfants", c'est aussi ce que disent les opposants adultes au CPE.
J’aurais aimé ajouter une autre certitude, celle que vous ferez mieux que les générations qui vous ont précédé. Lorsque je vous vois défiler « comme en 39 », je me dis que c’est plutôt mal parti.
Je ne connaissais pas cette expression de "défiler comme en 39". Je ne vois pas trop à quoi elle renvoie...
Alors vous pouvez continuer d’enquiquiner le gouvernement avec vos manifestations, faire le jeu de l’opposition, et le lit des journalistes qui ont enfin quelque chose de plus sexy à se mettre sous la dent que les sempiternelles querelles de clocher dans ce qui était le pays de Voltaire et qui est à présent celui d’Asterix.
Encore un effort et le CPE sautera, et, vous aurez gagné la bataille qui vous fera perdre la guerre économique, car elle est mondiale, pas Française.
Une consolation toutefois, vous pourrez toujours continuer de blâmer le gouvernement, véritable punching ball, l’opposition du moment sera toujours votre alliée, et vous pourrez avec mélancolie, regarder la télévision entre deux pointages à l’ANPE.
On sent de l'aigreur, danc ces derniers propos... Faire le jeu de l'opposition? Mais le débat a tellement été politisé des deux côtés que si l'on soutient le CPE, on fait le jeu du gouvernement et si l'on est contre, on fait le jeu de l'opposition! Le CPE, une querelle de clocher... ce n'est pas sûr, comme l'indiquent quelques déclarations de syndicalistes allemands (malheureusement, l'article en question sur le Courrier International n'est plus accessible, enfin gratuitement, j'entends).
Vous allez manquer d’eau, dans peu de temps, vous verrez alors que le « problème » de
la période d’essai allongée n’est pas le plus grave et surtout, pas le plus menaçant pour votre avenir.
Dire qu'il y aura toujours des problèmes plus graves, c'est aussi la tentation de la facilité et c'est valable dans les deux sens: pourquoi M. Chirac ne décide-t-il pas de retirer son CPE, que les exigences des anti-CPE soient ainsi remplies et le gouvernement puisse alors se consacrer à des problèmes beaucoup plus graves? M. Chirac avait dit: "Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs". Cela n'a jamais été aussi vrai... pour tout le monde.